🔮 Sommes-nous dans une bulle de l’IA ou dans une bulle de l’infrastructure IA ?

Stop ou encore ?

🔮 Sommes-nous dans une bulle de l’IA ou dans une bulle de l’infrastructure IA ?
En cas d’explosion de la bulle de l’IA : la fin d’un monde ou la fin du monde ?

Cela fait longtemps que j’évite de parler du sujet de la bulle de l’IA, mĂȘme si j’avais posĂ© la question dans une prĂ©cĂ©dente newsletter.

Tout le monde a un avis sur le sujet, mais cette semaine, plusieurs signaux faibles permettent de mieux comprendre oĂč l’on va et surtout, les angles de rĂ©flexion qui Ă©mergent.


Cette semaine, alors que l’actualitĂ© de l’IA tourne Ă  son plein, j’ai eu l’occasion de faire deux interventions totalement orthogonales, en tout cas en apparence.

La premiĂšre Ă  l’occasion de la premiĂšre Ă©dition du Government Tomorrow Forum, qui rĂ©unissait Ă  Paris, ce qui est suffisamment rare pour ĂȘtre notĂ©, plusieurs experts, hommes politiques et acteurs d’administration du monde entier pour rĂ©flĂ©chir aux Ă©volutions de leur secteur.

PremiĂšre ambiance (c) Joana Durbaku

LĂ , nous avons parlĂ© de la gĂ©opolitique des machines intelligentes et de l’industrie de l’IA qui est, comme vous le savez, Ă  un moment charniĂšre dans sa capacitĂ© Ă  se financer ou se refinancer.

La seconde Ă©tait organisĂ©e par la galerie berlinoise Stallman autour d’une conversation avec l’artiste ukrainien Daniel Spikov sur les intersections entre l’art et l’IA. Nous n’avions que 40 places et, surprise agrĂ©able, les personnes de l’audience sont restĂ©es prĂšs de deux heures pour prolonger la conversation dense que nous avons eue.

deuxiĂšme ambiance(c) darkdoveli

D’un cĂŽtĂ©, l’explosion de l’infrastructure et ses consĂ©quences gĂ©opolitiques (data, Ă©nergie, eau
), et de l’autre, l’objet de fascination que reprĂ©sente l’espace latent (relire ma newsletter).

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L’espace latent a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition assez dĂ©cevante au Jeu de Paume.

J’aime dĂ©crire l’espace latent comme un subconscient de l’IA, entraĂźnĂ© par des humains Ă  partir de culture humaine. Pour l’artiste, mais aussi pour chacun d’entre nous, il devient une forme d’extension de la crĂ©ativitĂ© humaine, quand ChatGPT ou Claude se veulent une extension de notre capacitĂ© de rĂ©flexion.

Mes notes pour la conversation.

Cet espace invisible et incomprĂ©hensible par l’ĂȘtre humain n’apparaĂźt, un peu comme le dĂ©veloppement d’une photo dans un labo argentique, que lorsque nous utilisons des outils comme Midjourney, Nano Banana ou Udio pour le son.

Dans une prĂ©cĂ©dente newsletter, j’avais parlĂ© de l’entropie croisĂ©e et de l’espace latent, et de ce que cela reprĂ©sente d’un point de vue philosophique.

🔮 The new internet ou l’ùre de l’entropie croisĂ©e
Il est grand temps de passer de la souverainetĂ© numĂ©rique Ă  l’autonomie cognitive

Cette semaine, j’avais envie de revenir Ă  des choses plus terre Ă  terre, Ă  savoir si nous sommes dans une bulle IA, ou pour ĂȘtre plus prĂ©cis dans une bulle de l’infrastructure IA.

Depuis les dĂ©buts tonitruants de ChatGPT, la majoritĂ© de l’argent levĂ©, prĂȘtĂ© ou Ă©changĂ© s’est fait dans l’infrastructure.

N’oublions pas qu’une partie du “seed money” de Microsoft Ă  OpenAI s’est faite en crĂ©dits Azure pour le compute.

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Et que si la presse française faisait mieux son boulot, nous aurions aussi appris qu’une partie non nĂ©gligeable des investissements colossaux annoncĂ©s, y compris pour des boĂźtes françaises, Ă©tait souvent des crĂ©dits de compute et non pas de l’argent sonnant et trĂ©buchant.

Le crĂ©dit en compute est fascinant car il attache la destinĂ©e d’un acteur Ă  un opĂ©rateur de cloud et d’IA spĂ©cifique. Il convertit immĂ©diatement l’investissement en chiffre d’affaires pour ce dernier. Nvidia, le grand vainqueur Ă  ce jeu, s’est garanti qu’une partie non nĂ©gligeable des investissements dans l’IA se convertissait en achat de puces de sa marque.

Au point que, malgrĂ© sa capitalisation boursiĂšre stratosphĂ©rique, Nvidia a une valorisation en termes de ratio P/E plus basse qu’il y a cinq ans. C’est-Ă -dire que ses bĂ©nĂ©fices ont rattrapĂ© son prix.

analyse The Sovereign Research
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Il y a cinq ans, Nvidia Ă©tait valorisĂ©e sur des promesses. Aujourd’hui, elle est valorisĂ©e sur sa domination rĂ©elle.

Naturellement, le sentiment de bulle actuel fait penser Ă  la bulle des tĂ©lĂ©coms de 2000, qui n’était pas une bulle internet, car la chute de l’internet n’est que la consĂ©quence du crash de WorldCom.

J’habitais Ă  l’époque Ă  San Francisco, le Ground Zero de cette bulle.

J’y vois toutefois une grande diffĂ©rence avec aujourd'hui.

La bulle des tĂ©lĂ©coms Ă©tait surtout une bulle de la fibre noire. Bien qu’on ait surinvesti et surinstallĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1990, ce rĂ©seau de cĂąbles Ă©tait tout Ă  fait utilisable des annĂ©es aprĂšs, quand la demande est arrivĂ©e.

Bernie Ebbers patron de Worldcom

Aujourd’hui, le surachat en puces Nvidia, dont la durĂ©e d’amortissement est trĂšs faible, interroge. De plus, comme tout produit, dĂšs qu’on l’ouvre pour l’installer (mĂȘme si les puces Nvidia sont livrĂ©es par palettes dĂ©jĂ  prĂ©configurĂ©es, un cloud dans le cloud, NDR), elles perdent une partie de leur valeur. Si elles ne sont pas utilisĂ©es, alors c’est une perte sĂšche. Mais si elles sont utilisĂ©es de maniĂšre intensive, notamment pour de la gĂ©nĂ©ration d’images, il devient difficile de les reconditionner par la suite pour des projets de type Open Compute. C’est un peu comme acheter d’occasion une voiture de location en espĂ©rant que les clients en ont pris soin.

C’est donc lĂ  que se pose la vraie question : l’investissement colossal en puces doit ĂȘtre amorti sur une durĂ©e courte, un an, deux ans, trois ans, cinq ans. Est-ce possible ?

Surtout qu’Intel, AMD et d’autres n’ont pas l’intention de laisser Nvidia dominer ces marchĂ©s profitables. Les alternatives intĂ©ressantes arrivent dĂ©sormais sur le marchĂ©, crĂ©ant plus de confusion.

C’est ce qu’OpenAI a parfaitement compris. Cela explique pourquoi, un jour, ils dealent avec AMD, un autre avec Broadcom, oui, le mĂȘme qui a achetĂ© VMware et qui finance dĂ©sormais sa stratĂ©gie IA en pressurisant ses clients europĂ©ens.

Intel est lui-mĂȘme Ă  nouveau dans ce jeu.

Mais c’est Ranjan Roy (Margin, Big Technology Podcast) qui confirme implicitement que le deal entre OpenAI et Oracle (ainsi qu’avec AMD) s’est fait hors des circuits classiques des banques d’affaires. Les accords rĂ©cents d’OpenAI (avec Oracle, AMD, CoreWeave
) sont des deals de CAPEX, pas des deals produits ou de financement traditionnels, et s’apparentent davantage Ă  des Ă©changes de compute, de crĂ©dits et de stock-options qu’à des transactions monĂ©taires classiques.

Autrement dit, certains deals sont passĂ©s sur la base de relations directes et d’effets d’annonce, sans passer par une structuration financiĂšre complĂšte. Il est donc trĂšs difficile pour les analystes de comprendre la rĂ©alitĂ© du deal. C’est sur cette base qu’OpenAI aurait signĂ© ses engagements faramineux (jusqu’à 1 000 milliards $ d’infrastructure) sans disposer de revenus correspondants, et que ces montages ressemblent davantage Ă  des accords “papier” de coopĂ©ration stratĂ©gique qu’à de vĂ©ritables deals d’investissement montĂ©s avec banques d’affaires ou conseils financiers.

Nous voici prévenus.

Deux choses sont importantes Ă  rappeler :

  • L’offre plĂ©thorique et la capacitĂ© de compute n’ont jamais Ă©tĂ© aussi importantes dans l’histoire de l’humanitĂ©.
  • Mais pour que ça marche, il faut de l’eau, de l’eau douce Ă©videmment, qu’il faut prĂ©lever aux autres industries et aux usages quotidiens, mais aussi de l’énergie.

Il y a quelques semaines, quand nous avons vu tous les patrons de la tech passer la brosse Ă  Donald Trump, en lui offrant des cadeaux et des compliments, j'estimait que la seule la vĂ©ritable raison pour laquelle ces acteurs avaient besoin de lui n’était pas l’argent — qu’ils ont dĂ©jĂ  —, ni le pouvoir — qu’ils ont dĂ©jĂ  —, mais bien l’accĂšs Ă  l’énergie et une accĂ©lĂ©ration des process par le gouvernement fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain pour permettre la construction de centrales nuclĂ©aires. Avec deux centrales construites depuis Reagan, les États-Unis ont fait le pari de financer une technologie du XXIe siĂšcle avec un rĂ©seau Ă©nergĂ©tique du XIXe siĂšcle (cette formule n’est pas de moi mais je la trouve tellement juste).

Donnez nous accÚs à plus d'énergie !

DĂ©sormais, l’industrie de la tech n’est plus si diffĂ©rente de l’industrie pĂ©troliĂšre lorsqu’elle rĂ©clame des dĂ©rogations pour pouvoir forer en Alaska.

On pourrait penser que Donald Trump tient les patrons de la tech mais en rĂ©alitĂ©, le boom de l’IA aux États-Unis offre Ă  Trump une vĂ©ritable couverture politique : les retraites des AmĂ©ricains (et celles par capitalisation des Français) restent, pour l’instant, garanties par la flambĂ©e du NASDAQ.

Selon George Saravelos de Deutsche Bank, sans la dĂ©pense massive liĂ©e Ă  l’intelligence artificielle — en particulier dans les data centers, les puces et le cloud —, l’économie amĂ©ricaine serait aujourd’hui proche de la rĂ©cession, voire dĂ©jĂ  en rĂ©cession.

En 2025, les investissements dans l’IA devraient reprĂ©senter prĂšs de 40 % de la contribution Ă  la croissance du PIB amĂ©ricain, illustrant Ă  quel point l’économie des États-Unis est devenue Ă©troitement dĂ©pendante de ce cycle d’investissement.

George souligne cependant que ce boom n’est pas soutenable : il ne pourra se poursuivre que si les dĂ©penses technologiques deviennent « paraboliques », un scĂ©nario jugĂ© hautement improbable. En d’autres termes, si le CAPEX IA ralentit, la dynamique de soutien Ă  la croissance s’essoufflera rapidement.

(toutes les sources sont disponibles à la fin pour nos abonnés payants)

Tech et administration amĂ©ricaines se tiennent dĂ©sormais par la barbichette. La question qui se pose, c’est de savoir si la viabilitĂ© de l’économie amĂ©ricaine et, par extension, celle du reste du monde ne repose pas entiĂšrement sur un pari sans plan B : la rĂ©ussite de cette stratĂ©gie de conquĂȘte.

Ce pari va-t-il imploser ou non ?

La Chine, qui dispose dĂ©sormais de sa propre technologie de puces (les puces Ascend ne sont pas encore au niveau de Nvidia mais s’en rapprochent), de coĂ»ts d’infĂ©rence rĂ©duits et de modĂšles de langage open source de qualitĂ©, n’a-t-elle pas dĂ©jĂ  remportĂ© la guerre de l’intelligence artificielle grand public ?

Et si, pour les entreprises amĂ©ricaines, le seul espace qui restait Ă©tait celui de l’AGI ou de la super intelligence ?

Reste Ă  comprendre pourquoi une telle accĂ©lĂ©ration des investissements et une telle absence de garde-fous. Pourquoi vivons-nous dans un monde oĂč, le mĂȘme jour, OpenAI annonce travailler sur des chats Ă©rotiques, autrement dit des sexbots, tandis que Google et l’universitĂ© de Yale utilisent une IA pour dĂ©couvrir une nouvelle mĂ©thode permettant au corps de mieux repĂ©rer et attaquer certaines tumeurs cancĂ©reuses ?

Enfin, on peut aussi se demander comment OpenAI prĂ©voit de passer de douze milliards aux mille milliards de revenus qui seraient nĂ©cessaires pour couvrir ses “dettes” dans les cinq ans qui viennent.

Une question importante, car c’est à nouveau la Deutsche Bank qui soulùve le liùvre : les revenus des abonnements en Europe sont en baisse.

Avec 800 millions d’utilisateurs, ChatGPT s’impose comme un immense succĂšs auprĂšs du grand public. La technologie du chatbot Ă©tant Ă  usage gĂ©nĂ©ral, il reste difficile de cerner prĂ©cisĂ©ment ses usages monĂ©tisables. Une amie VC de passage Ă  Paris me confiait pourtant que les schĂ©mas de monĂ©tisation de l’IA sont dĂ©sormais assez bien identifiĂ©s.

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