🔮 L'ùre du "Consulting Slop" ou l’art de creuser sa propre tombe

À force de vendre l'IA comme un outil de disruption massive, les consultants et experts creusent leur propre tombe et celle de l'État.

🔮 L'ùre du "Consulting Slop" ou l’art de creuser sa propre tombe
The Consultant (2023)

En inondant le marchĂ© de stratĂ©gies gĂ©nĂ©riques, ils ne prouvent pas leur efficacitĂ© : ils dĂ©truisent la valeur de leur parole. Ce "Consulting Slop" dĂ©passe le simple conseil en entreprise. Il irrigue la sociĂ©tĂ© et nous promet un dĂ©bat catastrophique pour 2027, oĂč l’adaptation de la France Ă  un monde d’IA sera le principal sujet.

Face à ce risque, la seule posture est de revenir à une réflexion plus profonde, aux racines de l'expertise.

C’est en passant une tĂȘte Ă  la confĂ©rence Adopt AI, qui avait lieu au Grand Palais, que j’ai eu envie d’écrire sur ce sujet. On Ă©tait dans un environnement radicalement diffĂ©rent du Web Summit, plutĂŽt franco-français, et oĂč le conseil avait toute sa place.

Pour le monde du conseil, le vrai danger n’est pas le spectre d’une bulle de l’IA, mais que trois ans aprĂšs la sortie de ChatGPT, les promesses faites sur une nouvelle forme de performance ne soient pas tenues et commencent Ă  ĂȘtre remises en cause par les clients.

Je mets de cĂŽtĂ© l’idĂ©e d’un cerveau d’entreprise gĂ©rĂ© par l’IA , qui m’a toujours fait tiquĂ© , pour rappeler trois promesses difficiles Ă  tenir dans le monde rĂ©el.

1. Automatisation du Service Client par les chatbots

  • Promesse : Remplacement massif des agents de call center pour une rĂ©duction des coĂ»ts immĂ©diate.
  • RĂ©alitĂ© : Les systĂšmes n'ont pas rĂ©ussi Ă  gĂ©rer les requĂȘtes complexes ou Ă©motionnelles, transfĂ©rant les clients frustrĂ©s aux agents humains.
  • Bilan : Augmentation des coĂ»ts de maintenance (licences d'IA) et dĂ©gradation de l'expĂ©rience client.

2. Maintenance Prédictive Industrielle

  • Promesse : Éliminer les pannes imprĂ©vues grĂące Ă  l'analyse des donnĂ©es de capteurs (IoT), garantissant un temps de fonctionnement maximal.
  • RĂ©alitĂ© : CoĂ»t d'infrastructure (capteurs) exorbitant et manque de donnĂ©es historiques de panne pour fiabiliser le modĂšle.
  • ConsĂ©quence : Des alertes inutiles (faux positifs) qui ont fait perdre du temps aux techniciens et ont Ă©rodĂ© la confiance dans l'outil.

3. Recrutement Automatisé

  • Promesse : Trier des milliers de CV de maniĂšre Ă©quitable et ultra-efficace pour trouver les meilleurs talents.
  • RĂ©alitĂ© : Les outils, entraĂźnĂ©s sur l'historique de l'entreprise (souvent biaisĂ©), ont simplement reproduit et amplifiĂ© les discriminations passĂ©es (biais algorithmique).
  • RĂ©sultat : Écarts de candidats non justifiĂ©s et risque de crise rĂ©putationnelle majeure.

Évidemment, certaines implĂ©mentations ont rĂ©ussi Ă  trouver leur niche, mais c’est parce que la mise en Ɠuvre intĂ©grait des fail safe, et ne faisait pas une confiance aveugle en l’IA.

Why Fears of a Trillion-Dollar AI Bubble Are Growing
Investors have parted with unprecedented sums of money to help AI fulfill its lofty promise. But no one really knows how it will all pay off.

La partie retour sur investissement devient l'obsession de la presse US

On m’a souvent demandĂ© cette annĂ©e d'intervenir, non pas pour faire du conseil, qui n'est pas mon mĂ©tier, mais pour aider les gens Ă  dĂ©finir leurs demandes et leurs besoins. Car quand on Ă©coute le discours ambiant et certains posts dithyrambiques, il faut l'avouer, ça devient de plus en plus compliquĂ© de faire son choix.

Quelqu'un disait avec justesse dans la Silicon Valley : « Une idĂ©e ne vaut rien, ce qui vaut, c'est l'exĂ©cution. » Curieusement, l'IA a remis entiĂšrement en question ce paradigme. Aujourd'hui, l'idĂ©e, c'est tout, parce que la prĂ©-exĂ©cution, celle qui consiste Ă  faire un prototype, est dĂ©sormais commoditisĂ©e par l’IA.

La question, c'est d'avoir de bonnes idées. Et pour avoir de bonnes idées, la premiÚre des choses, c'est de sortir le nez de son IA et de réfléchir plus en amont.

C'est ce que j'essaie de faire chaque semaine avec cette newsletter.

Et cette semaine, j'essaie de comprendre avec vous cette question qui m'interpelle.

  • Pourquoi les consultants passent-ils autant de temps Ă  dĂ©truire tout ce qui fait leur valeur dans leur communication et dans leur exĂ©cution ?
  • Comment est-on passĂ© d'un domaine oĂč le risque Ă©tait un risque d'exĂ©cution Ă  dĂ©sormais un risque de rĂ©flexion en amont et de stratĂ©gie ?

J’ai toujours apprĂ©ciĂ© les nombreux consultants qui sont dans la prudence, et qui ont eu l’humilitĂ© de se dire qu’il fallait tout rĂ©apprendre. Et qui valorisent la relation humaine.

Pourquoi pensez-vous que j’ai mis du temps à m’exprimer sur le sujet ?

DĂ©velopper une expertise ne suffit pas, il faut dĂ©velopper un instinct et ça ne peut passer que par l’expĂ©rience des outils. C’est dur, Ă  un moment oĂč la machine Ă  marketing folle de l’IA est devenue difficile Ă  rĂ©sister.

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Cette semaine, cassons quelques mythes.


Le mythe du S-1 en 1 minute

Je me rappelle la scĂšne, il y a quelques semaines. J'Ă©tais invitĂ© Ă  un dĂźner d'entrepreneurs et d'acteurs de la tech, trĂšs sympathique. Parmi les invitĂ©s, il y avait une personne dont le mĂ©tier est de crĂ©er et d'aider les entreprises Ă  s'introduire en bourse aux États-Unis.

J'ai pris l'habitude d'ĂȘtre prudent, mais je lui demande ce qu’elle pense de ce que j'ai lu dans la presse : cette idĂ©e que ChatGPT a pu Ă©crire en une minute tout un S-1 (le document d'introduction en bourse) pour une entreprise.

Goldman Sachs CEO says that AI can draft 95% of an IPO prospectus in minutes | Fortune
It used to take two weeks for a team of six bankers to do the same task, Goldman Sachs CEO David Solomon said.

Je l'ai vue lever les yeux au ciel, puis elle a rĂ©pondu Ă  ma provocation avec le sourire : « Vous savez, un S-1, tout est Ă©crit, lu et relu des dizaines de fois. Le vrai sujet, la vraie complexitĂ©, ce n'est pas l'Ă©criture, mais bien de construire l'equity story et toute l'histoire qui va avec. C’est pour cela que les banques d’affaires sont payĂ©es aussi cher.»

J’étais Ă©videmment d’accord avec elle, mais si je l'avais vraiment cru, j'aurais Ă©tĂ© une niĂšme victime de ce que j'appelle le Consulting Slop.

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Qu’on se rassure, je me fais avoir rĂ©guliĂšrement comme tout le monde sur des histoires d’optimisations de l’IA tellement bien formulĂ©es.

Les légendes urbaines de la productivité

Toutes ces légendes urbaines qui circulent pour donner l'illusion qu'on n'a plus besoin de personnes sur des tùches critiques, notamment dans le conseil, sont assez troublantes.

Pour se rassurer, la derniùre mode, semble-t-il, est d'expliquer qu'on n'a plus besoin de juniors mais que les seniors, eux, n’ont rien à craindre.

Je suis abasourdi parfois quand je vois l’énergie qui est mise Ă  l’Ɠuvre au service de la dĂ©sacralisation du travail professionnel : dans le conseil, la mĂ©decine, la recherche, et mĂȘme dans le code. On construit ces rĂ©flexions sur des mythes qui deviennent l'idĂ©ologie officielle sur laquelle on s'appuie pour ensuite conseiller les entreprises.

Évidemment, malgrĂ© la folie de l’IA, la Silicon Valley ne fait pas du tout la mĂȘme chose.

Le secret oublié de la Valley : La redondance

Pendant longtemps, la vision capitaliste de la performance consistait Ă  "enlever le gras", c’est-Ă -dire licencier. C’est l’essence mĂȘme de la logique private equity qui permet de valoriser une entreprise sur la baisse de la masse salariale. En France, on a trouvĂ© un modus operandi dans nos grandes entreprises.

On prĂ©fĂšre ne pas trop toucher aux emplois, par contre on donne tous les dividendes aux fonds de pensions et autres acteurs du PE. Une des raisons de notre manque de souverainetĂ©, faut-il le rappeler, c’est que nous travaillons pour des actionnaires Ă©trangers qui attendent impatiemment leurs plus-values chaque annĂ©e. L’argent n’est pas remis suffisamment dans la R&D. (Relire le rapport Draghi.)

Mais aux États-Unis, et notamment dans la tech, le licenciement est un outil stratĂ©gique qui est souvent mal compris en France. Rappelez-vous aprĂšs le Covid, au moment des mass layoffs qui ont fait dire Ă  beaucoup de journalistes français que ça y est, c'Ă©tait la fin de la Silicon Valley. En rĂ©alitĂ©, les entreprises revenaient simplement Ă  des effectifs plus proches de leurs effectifs prĂ©-Covid et se sĂ©paraient, sans Ă©tat d’ñme, de la force de travail additionnelle recrutĂ©e quand nous Ă©tions tous en ligne et en mode e-commerce.

En gĂ©nĂ©ral, la Silicon Valley peut se permettre d’embaucher beaucoup et investit souvent dans la redondance. Je me rappelle avoir rendu visite Ă  Drew Houston, le fondateur de Dropbox, il y a quelques annĂ©es.

J'en avais profitĂ© pour dĂ©jeuner avec l'un de nos anciens designers chez Jolicloud qui travaillait chez eux. Je l’ai toujours considĂ©rĂ© comme l’un des meilleurs au monde. Mais ce qui m’a frappĂ©, c’est que cinq des designers les plus talentueux de l’époque travaillaient chez Dropbox.

Je lui ai demandĂ© : « Pourquoi autant de designers ? À quoi ça sert ? » La rĂ©ponse Ă©tait la redondance. On veut s’assurer qu’on a toujours Ă  disposition la meilleure expĂ©rience.

Pareil chez Foursquare Ă  l’époque. Les deux meilleurs spĂ©cialistes de la base de donnĂ©es MongoDB Ă©taient lĂ -bas. Si l'un d'eux partait chez la concurrence, l'infrastructure de Foursquare, trĂšs particuliĂšre, pouvait continuer Ă  fonctionner sans crainte.

Mais parfois, l'embauche est liée à la compétition : telle personne, si elle va ailleurs, devient un danger. Donc elle doit rester chez nous, confortable, à construire et à nous faire profiter de son savoir.

ps : c’est comme cela que Chrome est nĂ© chez Google.

ps 2 : le créateur de Chrome est désormais chez OpenAI et travaille au lancement d'Atlas.

Autre particularitĂ©, et ça, je l'avais dĂ©jĂ  vu chez Sun dans les annĂ©es 90, les dĂ©veloppeurs seniors, ces ingĂ©nieurs de plus de 50 ans, sont sacralisĂ©s ; en France, ils sont souvent obligĂ©s de devenir des chefs de projet car la position n’existe tout simplement pas. Google adore embaucher ce type de profil. Cela permet aussi d'avoir des personnes d'extrĂȘme qualitĂ© pour offrir du mentoring en interne. Dropbox avait embauchĂ© par exemple le crĂ©ateur de Python pour ces mĂȘmes raisons.

Tout a été misé dans la Valley sur la redondance, pour retenir les meilleurs talents ou les laisser partir dans des environnements contrÎlés, par exemple des start-ups qui sont, dans le cas de Google, financées par Google Venture ou des fonds alliés. Car si le produit fonctionne, ils n'ont aucun problÚme à le racheter.

C'est d'ailleurs pour ça que beaucoup de start-ups sont rachetĂ©es parfois Ă  des prix qui semblent importants et qui sont ensuite immĂ©diatement dĂ©mantelĂ©es parce que, finalement, on rachĂšte l'Ă©quipe et on intĂšgre son travail ou sa vision dans les nouveaux projets. Ça permet de renouveler le tissu technologique de l’entreprise.

Quand Flickr a été acheté par Yahoo, en fait, les équipes de Yahoo ont passé quasiment tout leur temps en interne à apprendre du modÚle de Web 2.0.

Marissa Mayer

Et quand Marissa Mayer, l'ex-directrice produit et éphémÚre CEO de Yahoo, me racontait que : « Quand j'achÚte toutes ces boßtes de start-ups de mobile, c'est que quand je suis arrivée, il y avait huit personnes au mobile chez Yahoo. Et comme personne ne veut bosser naturellement chez Yahoo, le seul moyen qu'on a d'avoir les talents, c'est de les acheter au prix fort. » Elle avait dépensé, je crois, quasiment trois milliards en acquisitions (M&A).

https://sg.finance.yahoo.com/news/burning-3-billion-marissa-mayer-020151942.html

En France, on est dans une logique diffĂ©rente, puisque l'on achĂšte souvent des boĂźtes dont on veut qu'elles soient rentables plutĂŽt que d'acheter cher des Ă©quipes qui peuvent devenir le nouveau levier technologique de l’entreprise. Cela s’explique par la culture interne des grandes entreprises, mais aussi par le fait qu’encore une fois l’objectif principal est la valorisation boursiĂšre.

Aux US, Ă  l’époque de Netvibes, un product manager chez Google pouvait acheter une boĂźte 50 millions sans passer par le board.

Je suis sĂ»r que les montants sont encore plus grands aujourd’hui : embaucher, racheter, vendre fait partie du modĂšle opĂ©ratif de la Silicon Valley.

En France, on m’avait expliquĂ© que la diffĂ©rence de multiples dans les valorisations tech et les industries classiques faisait qu’un achat trop important faisait perdre de la valeur en terme de stock, lĂ  oĂč une boĂźte technologique US voit la hausse de sa valorisation absorber son acquisition, ce qui la rend quasi gratuite.

Oui, je sais, c’est complĂštement fou, et ça marche depuis 20 ans. Amazon et Google ont Ă©tĂ© les gĂ©nies de ce type d’opĂ©rations.

Acheter des puces NVIDIA ou dégraisser ?

Ce qui a changé aujourd'hui, c'est effectivement qu'avant, on dégraissait parce qu'on avait trop embauché.

Mais quand Elon Musk a repris Twitter, il a dĂ» licencier plus que d’habitude parce qu’il a trop de dettes et a payĂ© bien trop cher. Au fur et Ă  mesure, il a montrĂ© qu’on pouvait opĂ©rer Twitter en mode good enough avec beaucoup moins de gens.

Cela a tapĂ© dans l’Ɠil de nombreux CEO, rappelez-vous du Year of efficiency chez Meta.

En 2025, on dĂ©couvre que les deux choses qui font monter le stock d’une sociĂ©tĂ©, c’est acheter des puces NVIDIA ou dĂ©graisser ses effectifs. Le plus fort Ă  ce jeu, c’est Amazon, qui a annoncĂ© qu'ils licenciaient pour acheter des puces NVIDIA. LĂ , on joue sur les deux tableaux : du grand art.

Mais ce qui est vrai dans la tech, n’est jamais vrai ailleurs, et c’est lĂ  que se trouve le vĂ©ritable problĂšme.

À la question : doit-on licencier parce que l’IA sera capable de prendre le relais ? les cabinets de conseils sĂ©rieux n’ont aucune bonne rĂ©ponse.

Et pourtant on commence Ă  entendre des patrons qui veulent licencier. Est-ce Ă  cause d’une forme de complaisance avec les narratifs du moment, ou parce que la culture de la facilitĂ© s’installe et enivre certains patrons ?

Sans le dire vraiment, nous sommes dans une crise du conseil.

Pour avoir discutĂ© en apartĂ© avec quelques grands donneurs d'ordre du secteur public et privĂ©, tous me disaient une chose fascinante : « Avant, quand on choisissait un cabinet de conseil, on avait plutĂŽt une bonne comprĂ©hension de leur stratĂ©gie. Le vĂ©ritable risque n'Ă©tait pas de savoir si la stratĂ©gie Ă©tait bonne, mais est-ce que ce cabinet, plutĂŽt qu'un autre, va ĂȘtre capable de dĂ©livrer ce qu'ils nous promettent ? Aujourd'hui, on est dans une situation complĂštement nouvelle. Avec ce "Consulting Slop" et cette façon de simplifier, avec des messages conflictuels et contradictoires entre les diffĂ©rents points de vue, on se pose d'autres questions : est-ce que la stratĂ©gie qu'on me propose est quelque chose d'intĂ©ressant ou est-ce qu'on est dans le bullshit ? »

Le risque stratégique s'ajoute désormais au risque d'exécution. C'est la premiÚre fois que j'entends ça.

J’avoue moi-mĂȘme ĂȘtre de plus en plus sceptique face aux Ă©tudes et analyses qui se confrontent. Le MIT lui-mĂȘme est entrĂ© dans la danse et a mis sa rĂ©putation en jeu sur ces questions avec le Project Iceberg - Coordinating the Human-AI Future.

L’objectif de ce projet est de mesurer dans quelle mesure les capacitĂ©s actuelles de l'Intelligence Artificielle sont techniquement capables d'exĂ©cuter les compĂ©tences des travailleurs.

Pour y parvenir, le MIT crée un "jumeau numérique" du marché du travail américain, censé représenter fidÚlement les 151 millions de travailleurs, leurs compétences et leurs professions. Ce modÚle compare les 32 000 compétences des Américains aux capacités de 13 000 outils d'IA.

Mais des outils sont-ils suffisants pour remplacer des emplois ?

Hype without strategy

Chaque entreprise et chaque Ă©quipe n’est-elle pas diffĂ©rente ? Quand je vois autour de moi les gens se mettre Ă  l’IA, je continue de me demander si tout cela ne va pas trop vite. Selon plusieurs analyses, bien que 60 % des entreprises du Fortune 500 aient au moins Ă©valuĂ© Copilot de Microsoft, beaucoup d'organisations limitent l'utilisation Ă  de petits groupes pilotes.

Le prix Ă©levĂ© (30 $ par mois) est un frein. Mais surtout, Copilot enferme les utilisateurs dans un seul modĂšle, alors que la productivitĂ© repose souvent sur l’usage du dernier modĂšle Ă  la mode.

De plus, les employĂ©s les plus productifs rĂ©clament dĂ©sormais des formules plus chĂšres (non budgĂ©tĂ©es), ce qui pose la question de savoir s’il faut recruter des juniors ou rĂ©allouer ces budgets Ă  l’IA la plus performante.

Tout cela m’oblige à poser une question :

Qui conseille l'État d’ici à 2027 ?

  • Qui conseille Emmanuel Macron sur l’IA ?
  • Quelles sont les idĂ©ologies mises en Ɠuvre Ă  un an et demi des prĂ©sidentielles, alors que le numĂ©rique sera la question existentielle de 2027 ?
  • Que fait-on si en France le savoir-faire part soit Ă  la retraite, soit dans des LLM ?
  • Est-ce une bonne chose ?

Car l’IA nous oblige aussi Ă  rappeler que nous avons deux France en compĂ©tition :

  • Celle qui a vĂ©cu les Trente Glorieuses et profite des acquis de son Ă©poque, notamment des bonnes retraites.
  • et celle qui arrive avec tous les dĂ©savantages du systĂšme et la pression de l’IA sur la valeur du travail (et sa rĂ©munĂ©ration), ainsi que la nĂ©cessitĂ© d’un budget IA consĂ©quent pour ĂȘtre plus productif.

Ces dix derniĂšres annĂ©es, les algorithmes ont fait baisser structurellement le prix du travail (Uber, Amazon) et donc la valeur collectĂ©e pour les retraites (sujet jamais abordĂ© d’ailleurs lors des discussions, Ă  ma connaissance).

Aujourd'hui, l’IA peut potentiellement dĂ©truire la valeur de l'Ă©ducation.

L’efficience d'une gĂ©nĂ©ration entiĂšre sera-t-elle corrĂ©lĂ©e Ă  la compĂ©tence des modĂšles et des LLM plutĂŽt qu'Ă  leur savoir acquis ?

Les gens sont terrorisĂ©s Ă  l’idĂ©e que l'administration post-2027 cherche Ă  faire disparaĂźtre les fonctionnaires et Ă  les remplacer par des chatbots qui ne rĂ©pondent jamais aux questions posĂ©es.

L'État qui se dĂ©roberait derriĂšre du code est une bombe politique latente (sans mauvais jeu de mots).

Si Ă  cela on ajoute des vagues de licenciements liĂ©es Ă  l’IA qu’on nous promet en 2026, alors nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Chers amis consultants, dĂ©veloppeurs, politiques et hauts fonctionnaires, il est temps de nous ressaisir et de rĂ©flĂ©chir de maniĂšre sĂ©rieuse Ă  la question de l’IA et de la sociĂ©tĂ© du travail que l’on veut en France.

Car nous n’échapperons pas Ă  un dĂ©bat de sociĂ©tĂ© sur l’IA, sur le travail, sur l’éducation, sur la sĂ©curitĂ© numĂ©rique et physique, sur notre capacitĂ© Ă  exister dans le monde, de faire exister notre langue, notre Ă©pistĂ©mie, etc.

La qualitĂ© de ce dĂ©bat dĂ©pendra directement du nombre de bĂȘtises et de choses anxiogĂšnes que nous faisons circuler aujourd’hui.

Il est temps de faire remonter le niveau, que ce soit au cƓur des entreprises et de l’État.

Qu’en pensez-vous ? On en reparle bientît

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